Camp de Buchenwald


C’est en 1954 que le gouvernement est-allemand lance l’édification du « Mémorial national d’exhortation et de commémoration » qui est inauguré en 1958 sur le versant sud de l’Ettersberg. Ladite « tour de la Cloche », symbole de la liberté et de la lumière, surplombe toute la région.

C’est en 1954 que le gouvernement est-allemand lance l’édification du Mémorial national qui est inauguré en 1958 sur le versant sud de l’Ettersberg. Ladite « tour de la Cloche », symbole de la liberté et de la lumière, surplombe toute la région.

Statues du sculpteur Fritz Cremer (1958) célébrant la résistance dans le camp

Statues du sculpteur Fritz Cremer (1958) célébrant la résistance dans le camp

Statues du sculpteur Fritz Cremer (1958) célébrant la résistance dans le camp

Statues du sculpteur Fritz Cremer (1958) célébrant la résistance dans le camp

 

Ce chemin est l’une des composantes du parcours du « Mémorial national d’exhortation et de commémoration ». Le visiteur longe sept stèles symbolisant les sept années d’existence du camp. Sur chacune ont été gravées des scènes de la vie concentrationnaire (sculpteurs : René Graetz, Waldemar Grzimek et Hans Kies ; textes au verso des stèles de Johannes R. Becher).

Ce chemin est l’une des composantes du parcours du Mémorial national. Le visiteur longe sept stèles symbolisant les sept années d’existence du camp. Sur chacune ont été gravées des scènes de la vie concentrationnaire (sculpteurs : René Graetz, Waldemar Grzimek et Hans Kies ; textes au verso des stèles de Johannes R. Becher).

Sculpture sur les Stèles

Sculpture sur les Stèles

Bâtiment de l’entrée principale et sa porte en fer forgé (1938) portant l’exergue « Jedem das Seine » (à chacun son dû). Le commandant a voulu qu’elle soit lisible depuis l’intérieur. Les prisonniers rassemblés sur la place d’appel devaient ainsi l’avoir devant les yeux. Le site du mémorial de Buchenwald (http://www.buchenwald.de) explique que cette inscription remonte à la maxime juridique, datant de deux mille ans « suum cuique » : « Iuris praecepta sunt haec: honeste vivere, alterum non laedere, suum cuique tribuere. » - « Les principes fondamentaux du droit sont les suivants : vivre honnêtement, ne faire de tort à personne, donner à chacun son dû. »

Bâtiment de l’entrée principale et sa porte en fer forgé (1938) portant l’exergue « Jedem das Seine » (à chacun son dû). Le commandant a voulu qu’elle soit lisible depuis l’intérieur. Les prisonniers rassemblés sur la place d’appel devaient ainsi l’avoir devant les yeux. Le site du mémorial de Buchenwald (http://www.buchenwald.de) explique que cette inscription remonte à la maxime juridique, datant de deux mille ans « suum cuique » : « Iuris praecepta sunt haec: honeste vivere, alterum non laedere, suum cuique tribuere. » – « Les principes fondamentaux du droit sont les suivants : vivre honnêtement, ne faire de tort à personne, donner à chacun son dû. »

Le grand bois de hêtres

Un vaste bois de hêtres recouvre la colline de l’Ettersberg au-dessus de Weimar, aux beaux jours, Goethe aimait à s’y promener. Après la Première Guerre mondiale, la ville devient le centre du mouvement Bauhaus et le lieu où la nouvelle constitution de l’Allemagne est élaborée. D’où le nom historique de « République de Weimar », laquelle est frappée de caducité par la venue au pouvoir du nazisme. Il faut néanmoins attendre juillet 1937 pour que celui-ci ouvre un camp de concentration sur la colline boisée — bois de hêtres se dit en allemand Buchenwald — et donne au mot « villégiature » un sens particulièrement sinistre.

La triste renommée du vaste bois invite à en associer la nature à la petite prairie de bouleaux — Birkenau, en allemand —, quant à elle, située en Pologne. Ces lieux sont comme les deux négatifs photographiques d’une épreuve — celle de la terreur nazie — dont on ne révèlera jamais assez la violence. Alors que Birkenau (Auschwitz II) devient le centre d’extermination nazi le plus perfectionné et meurtrier, sur sa belle colline, Buchenwald est élevé à la hauteur du plus grand centre concentrationnaire de Reich. 250 000 déportés y ont été internés, 56 000 y sont morts dans des conditions allant de la faim à la torture policière, en passant par l’expérimentation médicale. 8 000 prisonniers de guerre soviétiques y ont été abattus, un par un, d’une balle dans la nuque (autre association venant alors à l’esprit : celle de Katyn où, au printemps 1940, 25 000 membres de l’élite principalement militaire polonaise ont été abattus de la même façon, cette fois-ci par les agents du NKVD).

Durant les années de guerre, Buchenwald étend son empire bien loin sur le territoire de Thuringe en régnant sur 136 camps satellites, parmi lesquels celui de Gandersheim, où Robert Antelme est détenu, celui de Zeitz où séjourne Imre Kertész. Jorge Semprum reste interné au camp principal alors qu’Elie Wiesel y échoue après la marche de la mort résultant de l’évacuation d’Auschwitz.

Le camp est libéré par les troupes américaines le 11 avril 1945[1]. Mais l’histoire du bois de hêtres ne s’arrête pas au 11 avril 1945.

Après que les troupes américaines se sont retirées, le territoire tombe sous l’autorité de zone ladite d’occupation soviétique (SBZ : sowjetische Besatzungszone). Un autre camp vient alors immédiatement prendre ses fonctions au lieu du précédent. En effet, pourquoi ne pas utiliser ce qui était déjà en place et, qui plus est, en fort bon état de fonctionnement ? Le « camp spécial n° 2 » de Buchenwald compte parmi la dizaine que font fonctionner les forces soviétiques au nombre desquels s’ajoutent encore trois prisons. Réputé d’une exceptionnelle dureté, le Speziallager est totalement hermétique au monde extérieur. Y sont internés, certes, des fonctionnaires du Part nazi (NSDAP), mais aussi des individus suspectés ou dénoncés. En tout, on y dénombre 28 000 internés dont 7 000 périssent durant le terrible hiver de 1946-1947. La petite planète infernale est dissoute en février 1950, peu après la création de la République démocratique allemande (7 octobre 1949).

Parallèlement à cette deuxième histoire du lieu de terreur, la mémorialisation du camp nazi est de suite mise en œuvre. La première commémoration se déroule le 19 avril 1945. L’ancien camp nazi s’affirme comme un enjeu majeur de représentation mémorielle. Durant les quarante ans de la RDA, il est la scène apologétique de l’héroïsme antifasciste. Il n’est pas un Allemand de l’est qui ne soit invité à se reconnaître en ce miroir. Puis, à partir de 1990, la peau écailleuse de l’emplacement du camp définitivement débarrassé de ses baraques en bois se recouvre d’une nouvelle floraison. Des plaques honorant des victimes qui n’avaient guère de place dans le discours communiste voient progressivement le jour, accompagnées d’un musée retraçant l’histoire du camp soviétique dont l’ouverture débouche sur la fosse commune, elle-même mémorialisée, où ont été entassés les morts de celui-ci. L’immense tonsure opérée sur les hauteurs du vaste bois de hêtres par les installations concentrationnaires est maintenant couverte de plaques.

Philippe Mesnard

[1] Sur les récits de l’auto-libération du camp produits par les communistes eux-mêmes, voir l’article de Jean-Louis Rouhart à la notice Légende: « auto-libération » du camp de Buchenwald

 

à chacun son dû

à chacun son dû

Place d’appel, avec désormais le repère pour un audiophone. Jusqu’à 20 000 détenus pouvaient y être rassemblés, certains appels ont duré jusqu’à 72 heures (http://www.buchenwald.de).

Place d’appel, avec désormais le repère pour un audiophone. Jusqu’à 20 000 détenus pouvaient y être rassemblés, certains appels ont duré jusqu’à 72 heures (http://www.buchenwald.de).

Dalle commémorative (1995) à la mémoire de tous les prisonniers du camp de concentration de Buchenwald inaugurée lors du 50e anniversaire de la libération. Elle est située sur l’ancienne Appelplatz. Sur la plaque de métal, incrustée dans le sol, est gravé l’acronyme « K. L. B. » (Konzentrationlager Buchenwald), ainsi que le nom de plus de 50 nations et de groupes de victimes par ordre alphabétique. La partie centrale est chauffée à 37°, la température du corps humain. Cette œuvre a été conçue et réalisée par les artistes Horst Hoheisel et Andreas Knitz.

Dalle commémorative (1995) à la mémoire de tous les prisonniers du camp de concentration de Buchenwald inaugurée lors du 50e anniversaire de la libération. Elle est située sur l’ancienne Appelplatz. Sur la plaque de métal, incrustée dans le sol, est gravé l’acronyme « K. L. B. » (Konzentrationlager Buchenwald), ainsi que le nom de plus de 50 nations et de groupes de victimes par ordre alphabétique. La partie centrale est chauffée à 37°, la température du corps humain. Cette œuvre a été conçue et réalisée par les artistes Horst Hoheisel et Andreas Knitz.

Plaque commémorant l’internement, le 18 octobre 1941, de 2 000 soldats soviétiques. La plaque est apposée en 1954.

Plaque commémorant l’internement, le 18 octobre 1941, de 2 000 soldats soviétiques. La plaque est apposée en 1954.

Dalles commémorant des groupes de victimes déportés au camp, de gauche à droite : (2014) aux soldats des Forces aériennes alliées ; (2006) aux homosexuels ; (2002) aux témoins de Jéhovah ; (date inconnue) aux objecteurs de conscience ayant refusé de servir dans l’armée d’un régime criminel (sic).

Dalles commémorant des groupes de victimes déportés au camp, de gauche à droite : (2014) aux soldats des Forces aériennes alliées ; (2006) aux homosexuels ; (2002) aux témoins de Jéhovah ; (date inconnue) aux objecteurs de conscience ayant refusé de servir dans l’armée d’un régime criminel (sic).

Un gros chêne, signalé comme tel (dicke Eiche) sur les cartes, avait été laissé par les SS sur l’aire du camp. En 1944, il est endommagé par une bombe, puis abattu. Seule la souche est préservée. Les détenus l’avaient baptisé le « chêne de Goethe ». Mais l’arbre n’avait en fait aucun rapport avec celui auprès duquel se promenait l’écrivain qui se trouvait d’ailleurs être un banal hêtre planté dans un tout autre endroit. Voir sur ce point-là l’explication aussi éclairante que subtile de Jean-Pierre Lefebvre dans Goethe modes d’emploi (Belin, 2000).

Un gros chêne, signalé comme tel (dicke Eiche) sur les cartes, avait été laissé par les SS sur l’aire du camp. En 1944, il est endommagé par une bombe, puis abattu. Seule la souche est préservée. Les détenus l’avaient baptisé le « chêne de Goethe ». Mais l’arbre n’avait en fait aucun rapport avec celui auprès duquel se promenait l’écrivain qui se trouvait d’ailleurs être un banal hêtre planté dans un tout autre endroit. Voir sur ce point-là l’explication aussi éclairante que subtile de Jean-Pierre Lefebvre dans Goethe modes d’emploi (Belin, 2000).

Fin 1942, au nord du camp des prisonniers, la SS ouvre une zone de quarantaine dite le « petit camp » qui, isolée du reste du camp par des barbelés, recevait les arrivants. Entre 1944-1945, c’est là que font naufrage les convois de déportés évacués de l’Est, notamment d’Auschwitz et de Groß-Rosen. Le lieu se transforme en un sordide mouroir où s’entassent des milliers de prisonniers juifs. Démolie après 1945, cette zone ne joua aucun rôle dans le « Mémorial national d’exhortation et de commémoration » de Buchenwald en RDA. À partir de 1991, des vestiges ont été remis au jour et un monument y est enfin érigé.

Fin 1942, au nord du camp des prisonniers, la SS ouvre une zone de quarantaine dite le « petit camp » qui, isolée du reste du camp par des barbelés, recevait les arrivants. Entre 1944-1945, c’est là que font naufrage les convois de déportés évacués de l’Est, notamment d’Auschwitz et de Groß-Rosen. Le lieu se transforme en un sordide mouroir où s’entassent des milliers de prisonniers juifs. Démolie après 1945, cette zone ne joua aucun rôle dans le « Mémorial national d’exhortation et de commémoration » de Buchenwald en RDA. À partir de 1991, des vestiges ont été remis au jour et un monument y est enfin érigé.

Monument commémoratif pour les Sintis et les Roms assassinés (1995) composé de stèles de basalte noir près de l’ancien bloc 14 dans lequel étaient détenus en 1939-1940 des Roms du Burgenland. Sur les stèles figurent d’autres noms de camps de concentration et d’extermination. L’inscription en anglais, allemand et romani est la suivante : « À la mémoire des Sintis et des Roms, qui furent victimes du génocide nazi ».

Monument commémoratif pour les Sintis et les Roms assassinés (1995) composé de stèles de basalte noir près de l’ancien bloc 14 dans lequel étaient détenus en 1939-1940 des Roms du Burgenland. Sur les stèles figurent d’autres noms de camps de concentration et d’extermination. L’inscription en anglais, allemand et romani est la suivante : « À la mémoire des Sintis et des Roms, qui furent victimes du génocide nazi ».

Installation près du crématoire : reproduction d’une charrette utilisée pour le transport des pierres de la carrière et d’un poteau de punition où étaient suspendus les prisonniers. Le dispositif de crémation avait été installé, en 1940, par la firme Topf & Söhne d’Erfurt laquelle s’était vue également confier ceux du complexe d’extermination de Birkenau.

Installation près du crématoire : reproduction d’une charrette utilisée pour le transport des pierres de la carrière et d’un poteau de punition où étaient suspendus les prisonniers. Le dispositif de crémation avait été installé, en 1940, par la firme Topf & Söhne d’Erfurt laquelle s’était vue également confier ceux du complexe d’extermination de Birkenau.

Le champ funéraire du camp spécial soviétique. C’est à la fin de 1989 que l’existence des fosses où avaient été ensevelies les victimes du camp soviétique est rendue publique. Les lieux de charniers sont signalés par des colonnes de métal.

Le champ funéraire du camp spécial soviétique. C’est à la fin de 1989 que l’existence des fosses où avaient été ensevelies les victimes du camp soviétique est rendue publique. Les lieux de charniers sont signalés par des colonnes de métal.

 

 

Flux RSS
Flux RSS