Nostalgie

> Par Niemeyer, Katharina
   MCF à l'Institut Français de Presse/CARISM Université Paris 2/ Sorbonne Universités
> Paru le : 20.04.2016

Néologisme médical signifiant le mal du pays (de l’allemand Heimweh), le terme apparaît pour la première fois dans une thèse de médecine écrite par Johannes Hofer (à Bâle, en Suisse, en 1688). L’étymologie grecque renvoie à nostos (retourner à la maison) et algia (longing = désirer/Sehnsucht). Hofer désigne par « nostalgie » une maladie fréquente dans l’armée suisse. Au début du 18eme siècle, le mal du pays des soldats, en commençant avec le cas suisse, touche à la question de la discipline militaire (Bolzinger, 2007). À la fin du 19eme siècle, elle devient une excuse pour se dérober au service. Les symptômes de la nostalgie variaient. Le malade ne peut ni manger ni boire, il a de la fièvre et présente les symptômes d’une gastrite. Des hallucinations et la schizophrénie ont également été mises en lien avec le mal du pays. La plupart du temps la nostalgie était mortelle, mais elle se laissait parfois guérir à condition de retourner à la maison ou d’avoir la promesse d’y retourner, écouter de la musique évoquant les images et souvenirs de la patrie. Cette première signification de la nostalgie a quitté le discours médical au début du 20ème siècle (Bolzinger, 2007), mais elle existe toujours.

 

La nostalgie a été pendant longtemps associée à une construction occidentale, postcoloniale et régressive de la modernité, mais les recherches sociologiques et anthropologiques de ces dernières années soulignent le caractère universel de ce sentiment (Bonnet, 2016). Le rôle plutôt ‘aigre’ de la nostalgie ainsi que son caractère régressif est aujourd’hui fortement remis en question. Des études psychosociales (Arndt el al. 2006) montrent que la nostalgie est davantage constructive que destructive. Depuis quelques années on observe une relecture de la nostalgie dans de nombreuses disciplines allant dans ce sens, proposant des perspectives culturelles et sociologiques (Keightley & Pickering 2006), littéraires et philosophiques (Cassin, 2013, Matt 2011), ou encore médiatiques (Holdsworth, 2011), mais c’est notamment avec l’arrivée du web 2.0 que de nouveaux travaux paraissent (Bonnett, 2016 ; Lizardi 2015 ; Angé et Berliner, 2014 ; Niemeyer 2014). Pour les études sur la mémoire et les mémoires collectives, ces nouvelles perspectives sur la nostalgie et ces facettes multiples peuvent enrichir la recherche et la réflexion critique sur le passé, mais également sur le présent.

 

 

Bibliographie

Angé, O. and Berliner, D. Anthropology and nostalgia. New York-Oxford : Berghan Books, 2014.

Bolzinger, André (2007), Histoire de la nostalgie, Campagne Première, Paris.

Bonnet, Alastair (2016), The Geography of Nostalgia. Global and local perspectives on modernity and loss, New York : Routledge.

Cassin, Barbara (2013), La nostalgie. Quand est-on chez soi?, Ulysee, Enée, Arendt, Autrement Editions, Paris.

Holdsworth, Amy (2011), Television, Memory and Nostalgia, Palgrave Macmillan.

Keightley, Emily; Pickering Michael (2006), “The Modalities of Nostalgia”, Current Sociology, 54:919.

Lizardi, R. Mediated nostalgia: Individual memory and contemporary mass media. Lanham: Lexington Books, 2015.

Matt, Susan J. (2011), Homesickness: An American History, Oxford, Oxford University Press.

Niemeyer, Katharina (ed.) (2014), Media and Nostalgia, Yearning for the past, present and future, Basingstoke: Palgrave Macmillan.

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