Perpetrator images

> Par Biosca, Vicente
   Université de Valencia
> Paru le : 10.04.2015

Les Perpetrator images (images de bourreau) sont, selon la définition de Marianne Hirsch, des images photographiques, cinématographiques ou relevant d’autres supports, prises par ceux qui commettent des actes criminels. Dans ce sens, il est possible de les appréhender comme un élément de l’appareil de destruction puisqu’elles incarnent le regard des bourreaux ou de leurs complices avant, pendant ou après l’exécution du crime. Le fait de les diffuser, même si cela reste dans un cadre restreint, confirme l’orgueil des auteurs (auteur des photos, des actes ou des deux) face à leur forfait. Cependant, une fois rendus publics, ces documents sont exposés aux yeux des historiens et à une réappropriation mémorielle possible. Une analyse rigoureuse se doit donc avant tout de séparer les prises de vue, de l’exercice de la violence, même si dans la réalité, ces deux actions se situent dans un rapport de grande proximité. Ainsi, la typologie de ces images troublantes relève d’une importante variété en fonction de leur mode de production, des milieux dans lesquels elles circulent et des stratégies d’instrumentation à d’autres fins dont elles peuvent être l’objet.

Par ailleurs, les enjeux et les risques liés à l’usage de ces images proviennent du fait que l’on peut s’identifier au point de vue du bourreau ou de ses complices. Notons bien que partager la position physique d’une personne n’implique pas que l’on adhère à ses sentiments, ni à son idéologie. Cependant, il est nécessaire de contextualiser de manière rigoureuse ces images. Il s’agit de définir par qui elles ont été réalisées : les bourreaux, leurs complices ou les services de propagande ; si elles résultent d’un ordre explicite ou de la volonté propre de leur auteur. Ces distinctions sont décisives en ce qui concerne les usages divers dont elles peuvent faire l’objet (muséographique, théorique, artistique). Chaque nouvelle utilisation peut susciter des réactions multiples : perverse, empathique, critique.

Quatre exemples peuvent contribuer à préciser les changements qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, se sont opérés sur la production, la circulation, la réception et la réappropriation des images de bourreaux. En premier lieu, notons le tournage d’un documentaire réalisé par les services de Goebbels dans le ghetto de Varsovie durant le printemps 1942, un mois avant les grandes déportations vers Treblinka. Un deuxième exemple peut être tiré des mug shots des détenus, à leur arrivée au centre de torture S-21, à Phnom Penh dans le dispositif Khmer rouge. Le troisième temps est associé aux photos de la prison d’Abu Ghraib diffusées dans les médias en 2004. Enfin, les récentes vidéos de décapitation transmises par les responsables de l’État islamique en Syrie et Irak. Malgré cette évolution, on retrouve, dans toutes ces images, l’arrogance des bourreaux à se prendre en photo sur le moment.

 

. Baer, Ulrich, (2002) : Spectral Evidence. The Photography of Trauma, Cambridge, MIT Press.

. Brink, Joram ten, Openheimer, Joshua (eds.), (2012) : Killer Images. Documentary Film, Memory and the Performance of Violence, New York, Wallflower.

. Hirsch, Marianne, (2012) : The Generation of Postmemory : Writing and Visual Culture After the Holocaust, New York, Columbia University Press.

. Sontag, Susan, (2004): “Regarding the Torture of Others”, NYT Magazine, 23/5/2004.

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