Projets (Encyclopédie / Fondateurs (portraits) / Sites mémoriels)


Encyclopédie critique des mots

de la mémoire et du témoignage

Les chercheurs, les enseignants et les professionnels des arts, de la culture et de l’information sont de plus en plus amenés à utiliser des mots appartenant au champ de la mémoire et du témoignage. Ces mots sont associés à la religion, à l’histoire et au droit, d’un côté, à la littérature et à l’art, de l’autre, et ils sont également très présents dans les autres disciplines des sciences humaines et sociales et des sciences dites dures.
Ainsi, nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, pensent avec le témoignage et sont amenés à prendre en compte les manifestations ou les contextes mémoriels. Mais si l’heure est donc propice à travailler ces concepts et ces notions, à les identifier, les définir, réfléchir sur leur provenance (quand ils viennent d’autres pratiques, domaines ou disciplines) comme sur leurs effets (quand ils influencent des créations ou des productions qui leur sont extérieures), il est également important de ne pas en remettre à plus tard la critique. Faisant de celle-ci le moteur de cette recherche collective, il s’agit de maintenir une distance vis-à-vis de termes qui, chargés d’émotion et d’histoires, polarisent aujourd’hui pas moins qu’hier des enjeux de pouvoirs intellectuels et / ou politiques, parfois même de simples rivalités de positionnement.

Étapes du projet

Chaque terme de l’index in progress est présenté en deux fois, sous la forme de notices courtes (environ 500 mots) et longues (2 000 à 3 000 mots) qui seront publiées sur le site de l’Encyclopédie.
Les notices courtes présentent brièvement le terme, son histoire et ses usages, accompagnées d’une bibliographie succincte (de 3 à 5 titres). Les longues développent amplement les questions que pose le terme.
Dans ces rubriques se retrouvent des notions, concepts ou expressions abordés suivant des entrées thématiques, historiques et disciplinaires avec des approches culturelles et linguistiques soulignant, par exemple, les différences d’acception ou les « intraductibilités » d’une langue à une autre. Nous précisons qu’il ne s’agit pas d’un simple dictionnaire des usages et des définitions de ces termes, ni d’une version mutatis mutandis de wikipedia. C’est aussi pour cela que nous tenons, entre autres, à travailler sur les lieux communs. D’une part, après une présentation descriptive, la notice privilégie une approche critique. D’autre part, concernant les notices longues, plusieurs auteurs pourront intervenir sur un même mot, suivant leur discipline ou leur interprétation, ce qui sous-entend une possibilité de mise en débat.
L’ensemble de ces notices sera en langues anglaise et française

Maître d’œuvre : Philippe Mesnard (CELIS / UBP Clermont-Ferrand)
Direction du projet : Philippe Mesnard et Luba Jurgenson (Eur’ORBEM / Paris IV – CRAL.EHESS)
Comité scientifique : Nicolas Beaupré (Histoire – UBP Clermont-Ferrand); Annette Becker (Histoire – Paris X) ; Nancy Berthier (Paris-Sorbonne Paris IV – Institut hispanique); Christian Biet (Arts du spectacle – Paris X) ; Vicente Biosca (Theory of Languages and Communication Science, U. de Valencia) ; Anne Garrait (Civilisation américaine – UBP Clermont-Ferrand); Luba Jurgenson (Études slaves – Paris IV) ; Marie-Claire Lavabre (Sociologie – CNRS) ; Philippe Mesnard (Littérature comparée – UBP) ; Marianne Hirsch (English and Comparative Literature, Columbia U.) ; Andreas Huyssen (Études germaniques, Columbia U.) ; Catherine Perret (Philosophe – Paris VIII); Michael Rothberg (Genocide studies – U. Urbana Champaign) ; Jean-Marie Schaeffer (Philosophie, EHESS) ; Anneleen Spiessens (U. Gent) ; Herman van Goethem (Droit – U. Anvers) ; Régine Waintrater (Psychologie – Paris VII) ; Nicolas Werth (Histoire – IHTP / CNRS)


 

Des fondateurs (portraits)

On s’est beaucoup intéressé, à juste titre, d’enregistrer les témoins, rescapés de la terreur nazie, survivants des camps de concentration ou du génocide des Juifs, cette pratique s’étend d’ailleurs aujourd’hui aux témoins des violences extrêmes en cours d’être mémorialisées. De même, depuis quelques années les films de fictions et les documentaires historiques font appel à des témoins non seulement pour apporter une caution véritative au sujet dont il traite, mais pour ouvrir leur propos, voire pour lui fournir un cadre testimonial. Le témoin est devenu un des acteurs principaux — sinon l’acteur principal — de la mémoire collective et des mémoires de groupes (associatives, communautaires). Mais s’est-on jamais intéressé d’aller enregistrer ces intellectuels qui, nés entre les années 1930 et les années 1960, ont progressivement, de concert ou isolément, forgé les concepts et les notions avec lesquelles l’on pense les questions testimoniales et mémorielles. Parfois, leur intention n’était pas d’intervenir directement sur ces questions, parfois, leur histoire personnelle les y a déterminés, parfois ils se sont intentionnellement « embarqués » dans ce champ d’investigation qui, à leur époque, n’en était pas encore un.

Cette série « Fondateurs (portraits) doit se constituer d’entretiens avec ceux que l’on pourrait appeler des « intellectuels fondateurs des concepts et des notions » à partir desquels nous pensons le témoignage et la mémoire depuis les années 1980. Même si parfois nous les nuançons ou pensons contre, ils constituent des repères dans ce champ ­— champ de savoir, mais aussi de pouvoir — qui s’est peu à peu formé pour, aujourd’hui, traverser à la fois les disciplines universitaires, principalement les sciences humaines et sociales, et investir la culture.

Du point de vue de la méthodologie de l’interview, il nous a paru important de travailler sur deux fois deux niveaux. D’une part, l’interviewé mentionne d’abord quelques éléments biographiques quand ils sont déterminants pour sa pensée, y compris à propos de sa formation universitaire, pour, ensuite développer plus en profondeur sa pensée ou présenter son œuvre. D’autre part, l’approche se veut aussi bien ciblée sur des concepts élaborés par l’auteur pour un public averti que de vulgarisation pour les profanes.

Philippe Mesnard (Maître d’oeuvre)


Sites mémoriels

Dans les régimes de terreur, la violence radicale est à la fois omniprésente et expulsée hors du champ du visible : vers des lieux construits à cet effet (camps), des sites naturels cachés (ravins, forêts, espaces vierges), des lieux déguisés sous leur ancienne affectation : écoles, forteresses, casernes, usines.

Ces sites se présentent aujourd’hui à notre regard tantôt patrimonialisés, tantôt abandonnés ou effacés. Ils nous sont « adressés » du fond même de cette invisibilité programmée et ambiguë. Cette ambiguïté vient tout autant du fait qu’ils étaient connus et craints y compris de ceux qui prétendaient ne pas les voir, que de la surexploitation spectaculaire de certains quand, aujourd’hui, ils deviennent des lieux touristiques ou cultuels, ou les deux à la fois. Le projet « sites mémoriels » se propose de les présenter en les situant, par contraste ou par contiguïté, dans le système normatif des institutions, des sites et des parcours sur lesquels repose aujourd’hui la vaste cartographie des mémoires qui couvre l’Europe tout entière, l’Amérique du Nord et du Sud et une partie du monde africain, asiatique et océanique.

Il ne s’agit donc pas là d’un guide touristique en ligne, mais d’une mise en relief des lieux de désastres et de leur irreprésentabilité au cœur même des dispositifs mémoriels qui tentent de les maîtriser, ou bien de pérenniser l’effacement commis par les criminels.

Luba Jurgenson et Philippe Mesnard (Maîtres d’œuvre)

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