Portraits Vidéo

On s’est beaucoup intéressé, à juste titre, d’enregistrer les témoins, rescapés de la terreur nazie, survivants des camps de concentration ou du génocide des Juifs, cette pratique s’étend d’ailleurs aujourd’hui aux témoins des violences extrêmes en cours d’être mémorialisées. De même, depuis quelques années les films de fictions et les documentaires historiques font appel à des témoins non seulement pour apporter une caution véritative au sujet dont il traite, mais pour ouvrir leur propos, voire pour lui fournir un cadre testimonial. Le témoin est devenu un des acteurs principaux — sinon l’acteur principal — de la mémoire collective et des mémoires de groupes (associatives, communautaires). Mais s’est-on jamais intéressé d’aller enregistrer ces intellectuels qui, nés entre les années 1930 et les années 1960, ont progressivement, de concert ou isolément, forgé les concepts et les notions avec lesquelles l’on pense les questions testimoniales et mémorielles. Parfois, leur intention n’était pas d’intervenir directement sur ces questions, parfois, leur histoire personnelle les y a déterminés, parfois ils se sont intentionnellement « embarqués » dans ce champ d’investigation qui, à leur époque, n’en était pas encore un.

Cette série « Portraits » doit se constituer d’entretiens avec ceux que l’on pourrait appeler des « intellectuels fondateurs des concepts et des notions » à partir desquels nous pensons le témoignage et la mémoire depuis les années 1980. Même si parfois nous les nuançons ou pensons contre, ils constituent des repères dans ce champ ­— champ de savoir, mais aussi de pouvoir — qui s’est peu à peu formé pour, aujourd’hui, traverser à la fois les disciplines universitaires, principalement les sciences humaines et sociales, et investir la culture.

Du point de vue de la méthodologie de l’interview, il nous a paru important de travailler sur deux fois deux niveaux. D’une part, l’interviewé mentionne d’abord quelques éléments biographiques quand ils sont déterminants pour sa pensée, y compris à propos de sa formation universitaire, pour, ensuite développer plus en profondeur sa pensée ou présenter son œuvre. D’autre part, l’approche se veut aussi bien ciblée sur des concepts élaborés par l’auteur pour un public averti que de vulgarisation pour les profanes.

Philippe Mesnard (Maître d’oeuvre)

Gayatri C. Spivak

> Parue le : 18.06.2017

A Feminist critic and literary theorist, Gayatri Chakravorty Spivak is University Professor at Columbia University, where she is a founding member of the Institute for Comparative Literature and Society. She is a very influential postcolonial intellectual, best known for her essay Can the Subaltern Speak?In Other Worlds: Essays in Cultural PoliticsA Critique of Post-Colonial Reason: Toward a History of the Vanishing Present, and for her translation of and introduction to Jacques Derrida’s De la Grammatologie.


Marianne Hirsch

> Parue le : 18.12.2015

Carlo Ginzburg

> Parue le : 19.11.2014

Carlo Ginzburg, historien de formation, est internationalement connu à plus d’un titre. C’est un éminent représentant de la micro-histoire, doublé d’un fervent intellectuel qui n’a pas hésité à s’engager sur des fronts aussi bien scientifiques que politiques. Le témoignage est de première importance dans sa recherche dont elle se nourrit. Mais le témoignage porte aussi pour lui, en tant que rapport de l’expérience vécue à l’histoire, l’empreinte de la persécution de sa propre famille sous le fascisme. C’est sous cette double focale que cet entretien permet d’écouter un des grands fondateurs de la réflexion sur la mémoire, l’histoire et la place que tient, entre savoir et société, la question testimoniale.

Bibliographie succincte

Le fromage et les vers. L’univers d’un meunier frioulan du XVIe siècle, Paris, Aubier, 1980 (1976).

« Signes, traces, pistes. Racines d’un paradigme de l’indice », dans Le Débat (nov. 1980), p. 3-44.

Mythes, emblèmes, traces ; morphologie et histoire, Paris, Flammarion, 1989 (1986) dont le chapitre « Traces. Racines d’un paradigme indiciaire », p. 139-180 ; nouvelle édition augmentée, revue par Martin Rueff, Verdier, 2010.

Le sabbat des sorcières, Paris, Gallimard, 1992 (1989 chez Einaudi).

À distance. Neuf essais sur le point de vue en histoire, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 2001

Rapports de force : histoire, rhétorique, preuve, éd. Seuil, coll. « Hautes études », 2003 (1999).

Un seul témoin, éd. Bayard, 2007, traduction d’un article paru dans la revue Quaderni Storici en 1992 sous le titre « Unus testis », suivi d’un entretien paru dans la revue Vacarme.

Le Fil et les traces, traduit par Martin Rueff, Verdier, 2010.


Flux RSS
Flux RSS